Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 14:32

Bon commençons par le bonhomme, l'écrivain. Tom Sharpe. Vous ne l'avez jamais lu ? Il faut alors très rapidement remédier à cette lacune. Pourquoi donc? Ben, tout simplement parce que Tom Sharpe est un humoriste anglais et qu'il n'est pas permis d'ignorer les humoristes anglais. C'est comme ça.

Sharpe signifie futé en anglais. Ce monsieur né en 1928 nous offre une oeuvre composée de romans  complètement loufoques, d'épopées fantaisistes. Il a vécu et travaillé en Afrique du Sud mais il s'est fait virer pour ses écrits anti apartheid. Aujourd'hui s'il vit en Catalogne c'est pour fuir le systême de santé britannique, dit-il. Je vous l'ai dit : c'est un marrant.

 

Là, une nouvelle fois, il nous livre une histoire dont il a le secret : génération après génération les femmes de la famille Grope, franchement laides et antipathiques, n'ont qu'une préoccupation : engendrer des filles.

"Cela devint une tradition si fermement implantée qu'on murmurait un peu partout que si un garçon était l'aîné (ce qui se révélait fort rare) on l'étranglait dès sa naissance. Vrai ou pas, il est certain qu'au cours des ans, les Grope produisirent une quantité inhabituelle de filles. Ce nombre s'explique moins par les infanticides masculins que par la virilité prononcée des demoiselles Grope et par le côté plutôt effeminé des hommes qu'elles choisirent d'épouser."

 

" La plupart du temps il s'agissait de mariages forcés. Aucun homme normal même en état d'ivresse, n'aurait demandé la main d'une demoiselle Grope de gaieté de coeur, et ce fut sans doute l'insistance des demoiselles Grope à défier les célibataires locaux dans les fameux combats dans la boue qui ôta son charme à cette attraction et la fit péricliter."

 

Ce roman n'est pas son meilleur, j'ai même hésité avant de l'acheter car sur le quatrième de couverture ne figure aucun commentaire. Aucun écrivain, aucun critique littéraire n'a noté "Farce la plus hilarante de l'année, à lire d'urgence", ou un truc de ce genre. Mais j'aime Tom Sharpe et par fidélité, pour le remercier aussi de tous les moments passés à glousser en lisant Wilt ou le Bâtard récalcitrant, je l'ai acheté. 

Eh bien, j'ai passé un super bon moment et j'ai bien ri en suivant la rencontre cocasse d'une demoiselle Grope et du pauvre Esmond Burnes détesté par son père parce qu'il lui ressemble trop, à tel point que ce dernier va essayer de le trucider et idôlatré par sa mère, grande lectrice de roman à l'eau de rose.

"Dès qu'elle l'apercevait en public, elle ne pouvait s'empêcher d'annoncer à très haute voix : Regardez cette créature divine, il s'appelle Esmond. C'est l'enfant de l'amour, mon fils chéri, un véritable enfant de l'amour. Elle avait tiré cette expression des Passions d'Esmond, roman portant la signature de Rosemary Beadefield mais rédigé en réalité par douze écrivains différents au rythme d'un chapitre chacun.

Il ne vint jamais à l'esprit de Véra qu'elle n'avait rien compris à cette expression et qu'en fait elle annonçait au monde et à la ville que son fils était né hors des liens sacrés du mariage, bref un petit coquin de bâtard."

 

On n'est pas toujours obligé de se plonger dans la lecture d'un chef d'oeuvre, non ? Oui, bien sûr Crimes et Châtiments, oui, bien sûr le catalogue des passions humaines de Proust...Mais c'est chouette aussi de prendre un roman et de rire.

  

 

 

 

 


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Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 21:27

Bon, il ne sera pas coutume que je parle d'un roman français. Pourquoi ? Parce que je n'en lis pour ainsi dire pas. Mon truc à moi, ce sont les romans anglais et américains. Ah! et s'il vous plaît que je n'entende pas  " Ah oui, mais la traduction bla bla bla bla...". Parce qu'avec ce raisonnement une fois qu'on a lu les grands classiques français, on s'arrête et basta, finies les bonnes lectures. Je connais un grand nombre de personnes qui n'ont plus lu un roman depuis la fin de leurs études sous pretexte qu'elles sont trop puristes pour lire une traduction. C'est un faux prétexte pour regarder la télé et même pas les films en VO !

Je suis tombée sous le charme des romans anglo-saxons à la lecture de "Regardez-moi" d'Anita Brookner. Quand j'ai lu " je m'appelle Frances Hinton et je n'aime pas que l'on m'appelle Fanny. Je suis employée à la bibliothèque d'un institut de recherche médicale spécialisé dans l'étude du comportement. Je suis responsable des archives photos."

Je me suis sentie happée par la simplicité du style. Oui, oui, j'y étais, ça y est j'entrais dans la vie de Frances, prête à la suivre pour un bout de chemin, prête à la suivre là où elle voudrait m'amener.

 

Alors pourquoi donc le "Baise-moi" de Virginie Despentes ? Tout simplement parce qu'un ex petit ami m'a demandé si je l'avais lu et ce que j'en pensais, ça l'intéressait beaucoup de le savoir. Bon, cet ex petit ami est vraiment un vieil ex petit ami, un du temps du lycée. Nous échangeons quelques email. Comme j'adore lire et que l'occasion m'était offerte de lire un roman pas trop recommandable j'ai sauté sur l'occasion et j'ai couru acheter le roman. J'ai d'ailleurs eu quelques difficultés à le trouver. Rien dans les bouquineries de mon quartier, rien non plus dans les librairies du coin. Oui, j'habite une grande ville. Où ? Marseille. Ca vous fait frémir, hein ? Et vous avez bien raison. Quand j'ai pris la décision de m'installer dans cette métropôle, mon médecin acupuncteur vietnamien m'a demandé (faut imaginer son accent) " Mais qu'est-ce que vous allez faire dans les Bouches du Rhône? A Arles y'a que des moustiques et à Marseille y'a que de la racaille". Ite missa est. Bon, je n'irai pas aussi loin que lui quant à la population marseillaise mais j'avoue  penser souvent qu'il faut vraiment avoir tué son père et sa mère pour venir s'installer ici. Bref, je m'égare. J'ai fini par trouver le roman chez les gros distributeurs Virgin ou Fnac. Les libraires indépendants vendant peu n'ont pas les moyens de conserver du stock.

Je l'ai lu en trois, quatre heures. J'aime prendre un roman et le lire le plus rapidement possible. Imaginez un film que vous visionneriez par morceaux de dix ou quinze minutes ? Inimaginable !

 

Alors "Baise-moi". Pas trop mal écrit, vite lu, on imagine bien ces deux pauvres filles complètement malmenées par le destin perdre les pédales et courir à leur perte. Plus rien à perdre, seulement gagner le plus rapidement possible la fin du voyage.

Je croise souvent dans le cadre de mon travail de tels individus, largués, paumés. Non, pas mes collègues, les pauvrettes ! mais certains parents. Et moi, je suis là, en face d'eux, poudre Guerlain à la violette, racines nickel, talon, effluve de Shalimar. Je mettrais ma tête à couper (vieille résurgence du temps où la France était un pays de sauvages !) que nombre de ces personnes ont envie de me dézinguer à la kalachnikov (oui, je suis à Marseille... on en trouve paraît-il sur les marchés...bigre) histoire de voir disparaître mon sourire Chanel. Comment leur en vouloir ?... Ils n'imaginent pas que derrière les bonnes manières et les ongles nets, derrière les apparences, on peut être en miettes.

Ce qui m'intrigue quand même c'est que cet ex vieil petit ami, après que je lui ai dit ce que je pensais du roman, ne m'a jamais écrit ce que lui en pensait. Pourtant je l'ai relancé. Mais l'a-t-il même  seulement lu ? Ou sa demande était-elle juste prétexte de me dire " Baise-moi, baise-moi !!!

 


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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 20:45

Punaise, je n'y crois pas, j'ai mal quand je plie mon coude droit. Je me suis fait une tendinite. Une tendinite, encore une. Tennis ? Non, bien sûr. Je pense que je me suis un peu trop crispée sur trois malheureuses petites carottes plus très fermes qui traînaient au fond de mon bac à légumes depuis quelque temps.  Une tendinite après avoir râpé des carottes. Faut dire que j'ai utilisé pour ce faire une espèce de moulinette à râper du fromage, c'est le seul ustensile à peu près approprié que j'ai trouvé dans ma cuisine. C'est la faute à Joyce Maynard. Son "Long week end" m'a donné envie  de cuisiner et de m'appliquer afin de savourer chaque instant passé devant ma table de cuisine. Carpe Diem me suis-je dit. Et ces deux mots m'ont immédiatement rappelé un épisode heureux de mon passé, un ex qui portait cette locution latine tatouée sur son bas ventre.  Je vous laisse deviner ma perplexité la première fois qu'il a baissé son pantalon. Bon, je ne vous cache pas que sur un autre garçon j'aurais trouvé ce tatouage bien ringard et j'aurais ricané illico, mais intérieurement bien sûr car je suis bien élevée. Mais il était si craquant que je n'ai même pas esquissé le moindre petit sourire. Oh oui, craquant je vous le garantis. Pur noisetine, craquelin et pralinoise. Vous voyez Etienne Daho, eh bien, le même genre. En presque mieux puisque pour moi. C'est dire. Après son bas ventre (gloups) je me suis souvenue de la vieille ville baroque sous le soleil, les ocres, les rouges des façades et lui me préparant un cocktail précieux. Je le revois debout, concentré, les manches de sa chemise blanche retroussées, au dessus de mon plan de travail m'apprendre à découper les citrons comme au Brésil pour la caipirinha. Il les cueillait à Bahia dans le jardin de sa grand-mère. Et là, dans ma petite cuisine vieillotte, fenêtres grandes ouvertes, les cloches de ma ville sonnaient vingt heures, le printemps entrait à flot, j'osais à peine dérouler mes rêves.

 Bon revenons à hier et à mes carottes râpées. Alors, après "Long week end" au lieu de me précipiter comme d'habitude semant farine et miettes de beurre un peu partout, j'ai pris mon temps, éclairé ma cuisine en douceur, la guirlande rouge composée de lampions en origami, mon lampadaire année 60 aux abats-jours jaunes, rouges et verts, j'ai mis de la musique, le dernier album de Daphné, j'ai sorti mes ingrédients et j'ai préparé mon carrot cake en chantonnant " mon voyou, ma voyelle, mon canou, ma cannelle...". Fameux, je vous le dis et ultra simple à réaliser. Allez, je vous en donne le secret, petite recette rapide. A vos crayons. Alors je malaxe 50 grammes de beurre avec 75 grammes de cassonade et une pincée de sel, le mélange doit devenir crèmeux, il doit nous donner envie d'y plonger et replonger le bout de notre index (je ne sais pas vous mais moi je suis très gourmande), un oeuf entier, je mélange bien et un autre et je mélange encore bien. J'ajoute à cela farine plus levure, cannelle et poudre d'amande (la poudre d'amande c'est mon truc à moi), dans les 100 grammes. Plein de raisins secs, j'en grignote quelques uns au passage. Et pour finir les fameuses trois petites carottes râpées. Je touille tout cela un peu mais pas trop et hop au four préchauffé quelques vingt minutes et voilà un gâteau savoureux et inloupable, plutôt meilleur le lendemain quand il a bien refroidi. Je le sers avec une cuillère ou une louche de mascarpone en fonction du degré de gourmandise.

Joyce Maynard décrit la vie telle qu'on devrait tous la vivre. Elle raconte une histoire d'amour émouvante à en pleurer de joie. Parce que si simple, si évidente malgré les rebondissements de l'histoire. L'émotion des petites choses du quotidien quand on aime. Moi aussi, je veux que mon homme me vernisse les ongles des pieds un soir d'été, qu'il écarte de mon visage une mèche qui pend sur ma joue. Je veux manger une pêche mûre en regardant mon amoureux me cuisiner une tarte et n'en avoir rien à faire du jus qui coûle sur mon menton et finit par tâcher mon joli chemisier. Eh bien, tout cela semble bêtement sentimental mais moi ça m'a remuée. Je me suis sentie envahie de lumière, de beauté et d'amour en lisant les mots de cette romancière. 

"De temps à autre, une voix humaine. Adèle. Adèle. Adèle.

Franck.

A ce que j'entendais, ils ne parlaient jamais d'amour, comme s'ils avaient dépassé ce stade."

 

 

 

 


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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 18:13

Le devoir de réserve n'étant pas une mince affaire dans notre belle profession, mes amis les plus chers ainsi que ma famille, m'ont conseillé tous en choeur de bien vouloir stopper ce blog sous peine de me retrouver à empiler des pulls chez H et M.

Mais mais mais je veux dire que chaque fois que je me trouve au milieu de gens talentueux, intello, avec des jobs qui alignent pas mal de zéro, qui est-ce qui fait son numéro ? Qui est-ce qui tient le crachoir ? Vers qui toute l'attention se porte? Vous l'avez bien compris amis internautes, vers bibi..Perque?  because I'm a teacher. Parce que je suis institutrice et que je cache en mon sein des secrets que même M Tartenpion qui gère 300 employés ou M Trucmuche qui vient d'écrire un scénario brûlent de connaître. Pourquoi donc ? Parce que je m'occupe de ce qu'ils ont de plus précieux : leurs affreux mômes, leurs ignobles gnomes.

Alors lui, dirige une maison de disques et entre deux petits fours il plonge son regard dans le mien et me sort tout à trac : "Mon fils est au CP et sa maîtresse n'utilise pas de manuels de lecture, qu'est-ce que vous en pensez ?". Et voilà ça y est tous les invités ont compris quel est mon métier. Je rougis un peu parce que bon, ce n'est pas trop glamour (pas glamour du tout) et pas trop intello (pas intello du tout) d'être instit...Mais ils s'en fichent tous et durant toute la soirée fusent les questions "Alors moi, mon fils a 3 ans et l'école de mon quartier n'a pas voulu le prendre" et puis "Maud, qu'est-ce que vous en pensez, mais la maîtresse d'Hortense a placardé devant la porte la liste des enfants et quand un des petits sait mettre son manteau elle met une gommette sur son nom, vous en pensez quoi ? Je ne critique pas, hein mais vous en pensez quoi?".

 

Voilà pourquoi amis internautes je me demande si de ce blog il n'y aurait pas de quoi faire un petit recueil d'articles à l'usage des parents qui voudraient connaître le dessous des cartes.

Peut-être vais-je demander conseil à un avocat et peut-être alors me retrouverez-vous un jour en librairie ?

A bientôt j'espère et merci de m'avoir lue et merci à ceux qui m'ont laissé de gentils commentaires.

Institutrice désagrégée. Aaaargh...


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