Partager l'article ! Long week end de Joyce Maynard: Punaise, je n'y crois pas, j'ai mal quand je plie mon coude droit. Je me suis fait une tendinite. Une tendin ...
Punaise, je n'y crois pas, j'ai mal quand je plie mon coude droit. Je me suis fait une tendinite. Une tendinite, encore une. Tennis ? Non, bien sûr. Je pense que je me suis un peu trop crispée sur trois malheureuses petites carottes plus très fermes qui traînaient au fond de mon bac à légumes depuis quelque temps. Une tendinite après avoir râpé des carottes. Faut dire que j'ai utilisé pour ce faire une espèce de moulinette à râper du fromage, c'est le seul ustensile à peu près approprié que j'ai trouvé dans ma cuisine. C'est la faute à Joyce Maynard. Son "Long week end" m'a donné envie de cuisiner et de m'appliquer afin de savourer chaque instant passé devant ma table de cuisine. Carpe Diem me suis-je dit. Et ces deux mots m'ont immédiatement rappelé un épisode heureux de mon passé, un ex qui portait cette locution latine tatouée sur son bas ventre. Je vous laisse deviner ma perplexité la première fois qu'il a baissé son pantalon. Bon, je ne vous cache pas que sur un autre garçon j'aurais trouvé ce tatouage bien ringard et j'aurais ricané illico, mais intérieurement bien sûr car je suis bien élevée. Mais il était si craquant que je n'ai même pas esquissé le moindre petit sourire. Oh oui, craquant je vous le garantis. Pur noisetine, craquelin et pralinoise. Vous voyez Etienne Daho, eh bien, le même genre. En presque mieux puisque pour moi. C'est dire. Après son bas ventre (gloups) je me suis souvenue de la vieille ville baroque sous le soleil, les ocres, les rouges des façades et lui me préparant un cocktail précieux. Je le revois debout, concentré, les manches de sa chemise blanche retroussées, au dessus de mon plan de travail m'apprendre à découper les citrons comme au Brésil pour la caipirinha. Il les cueillait à Bahia dans le jardin de sa grand-mère. Et là, dans ma petite cuisine vieillotte, fenêtres grandes ouvertes, les cloches de ma ville sonnaient vingt heures, le printemps entrait à flot, j'osais à peine dérouler mes rêves.
Bon revenons à hier et à mes carottes râpées. Alors, après "Long week end" au lieu de me précipiter comme d'habitude semant farine et miettes de beurre un peu partout, j'ai pris mon temps, éclairé ma cuisine en douceur, la guirlande rouge composée de lampions en origami, mon lampadaire année 60 aux abats-jours jaunes, rouges et verts, j'ai mis de la musique, le dernier album de Daphné, j'ai sorti mes ingrédients et j'ai préparé mon carrot cake en chantonnant " mon voyou, ma voyelle, mon canou, ma cannelle...". Fameux, je vous le dis et ultra simple à réaliser. Allez, je vous en donne le secret, petite recette rapide. A vos crayons. Alors je malaxe 50 grammes de beurre avec 75 grammes de cassonade et une pincée de sel, le mélange doit devenir crèmeux, il doit nous donner envie d'y plonger et replonger le bout de notre index (je ne sais pas vous mais moi je suis très gourmande), un oeuf entier, je mélange bien et un autre et je mélange encore bien. J'ajoute à cela farine plus levure, cannelle et poudre d'amande (la poudre d'amande c'est mon truc à moi), dans les 100 grammes. Plein de raisins secs, j'en grignote quelques uns au passage. Et pour finir les fameuses trois petites carottes râpées. Je touille tout cela un peu mais pas trop et hop au four préchauffé quelques vingt minutes et voilà un gâteau savoureux et inloupable, plutôt meilleur le lendemain quand il a bien refroidi. Je le sers avec une cuillère ou une louche de mascarpone en fonction du degré de gourmandise.
Joyce Maynard décrit la vie telle qu'on devrait tous la vivre. Elle raconte une histoire d'amour émouvante à en pleurer de joie. Parce que si simple, si évidente malgré les rebondissements de l'histoire. L'émotion des petites choses du quotidien quand on aime. Moi aussi, je veux que mon homme me vernisse les ongles des pieds un soir d'été, qu'il écarte de mon visage une mèche qui pend sur ma joue. Je veux manger une pêche mûre en regardant mon amoureux me cuisiner une tarte et n'en avoir rien à faire du jus qui coûle sur mon menton et finit par tâcher mon joli chemisier. Eh bien, tout cela semble bêtement sentimental mais moi ça m'a remuée. Je me suis sentie envahie de lumière, de beauté et d'amour en lisant les mots de cette romancière.
"De temps à autre, une voix humaine. Adèle. Adèle. Adèle.
Franck.
A ce que j'entendais, ils ne parlaient jamais d'amour, comme s'ils avaient dépassé ce stade."
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